lundi 13 novembre 2017

Librairie Le Square




« Le Square, c’est une histoire dont on hérite » nous déclare Nicolas Trigeassou en nous racontant comment il y a soixante ans Henri Leterrier forme le projet avec deux amis, anciens résistants comme lui, d’ouvrir chacun une librairie dans une ville de leur choix. Pour l’un ce sera, Poitiers, pour l’autre Dijon et pour lui-même Grenoble. En 1978, à la veille de prendre sa retraite, faute de repreneur,  il doit se résoudre à fermer les portes de son enseigne qui était spécialisée dans le savoir et les publications universitaires. Et c’est la magie du hasard qui fait se croiser Henri Leterrier et un autre Henri du nom de Causse, talentueux directeur commercial des Éditions de Minuit, plus proche collaborateur de feu l’illustre Jérôme Lindon  lui même fervent combattant pour le  prix unique du livre.  Le libraire lui raconte ses difficultés et Henri Causse qui ne peut se résoudre à ce qu’une ville aussi moderne que Grenoble puisse perdre une aussi belle librairie fait le tour de plusieurs confrères  éditeurs qui décident ensemble de sauver l’enseigne.   À cette occasion elle sera rebaptisée et repositionnée. La proximité d’un square et la référence littéraire au livre de Marguerite Duras édité par les éditions de Minuit imposent tout naturellement  un nom, ce sera « Le square ».  Sans se départir de sa caractéristique « universitaire » d’origine, la librairie va fortement développer son rayon littérature et ainsi se généraliser. « Venez nous rendre visite, nous saurons surement vous étonner » peut –on litre sur son site internet. Alors si l’esprit de curiosité vous anime, poussez les portes de cette très graphique  librairie toute bleue…comme une orange et vous ne serez pas déçu tant son offre est vaste et les conseils de son équipe de libraires avisés.  

Quel roman nous recommandez-vous de lire en cette rentrée littéraire ?
Patrick Deville « Taba-Taba » (Le seuil).  C’est le livre pivot de son œuvre et le plus abouti. Il y fait remonter la mémoire des géographies et nous parle des fantômes qui peuplent les mondes, de toutes ces vies possibles qui n’ont pas eu lieu. C’est la force de la littérature de pouvoir rendre compte de ça.

Et du côté des auteurs étrangers que nous conseillez-vous ?
Un véritable bijou écrit entre 1961 et 1964 « Le 28 Octobre » de Pier Chiara exhumé par les Editions La Fosse aux Ours. Un jeune home fuit sa ville natale et dans le train se remémore les faits qui l’amènent au 28 Octobre 1932. Un texte dense, court sur le début du fascisme en Italie, mais aussi sur la découverte du plaisir et sur la lâcheté des hommes. 

Y- a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
« Climats de France » de Marie Richeux (Sabine Wespieser). Ce que j’aime dans ce livre c’est la fragilité sur laquelle il repose. Qu’ont en commun des gens qui vivent en Algérie dans la cité « Climat de France » à Bab El Oued et ceux de l’ensemble de «  La cité heureuse» à Meudon où l’auteure a grandi ? Ces deux réalisations architecturales étant l’œuvre d’un seul homme :  Fernand Pouillon. Un texte d’une grande fraîcheur construit par fragments, comme des respirations qui laissent toute sa place au lecteur.  

À qui attribueriez-vous le prix Goncourt ?
À Patrick Deville, mais il n’est plus dans la liste. Alors Eric Vuillard pour son œuvre et sinon à Alice Zeniter pour « L’art de perdre » (Flammarion) qui démontre toute la puissance de la fiction pour faire rejaillir une mémoire enfouie.

Quel est le livre culte le plus emblématique de la librairie que vous défendez depuis toujours avec ferveur ? 
Je suis incapable de n’en citer qu’un. Aussi je vous en donnerai  trois : 
« La belle lurette » de Henri Calet, (L’imaginaire Gallimard) car la langue c’est l’écart ;
« Planète sans visa » de Jean Malaquais (Phébus) parce qu’il parvient à nous raconter tout ce qu’il y a comme contingences dans le tragique de l’histoire et enfin
« L’acacia » de Claude Simon (Éditions de Minuit), le seul auteur qui a inventé une langue pour dire l’épaisseur du temps.

Une brève de librairie

La générosité du photographe Bernard Plossu qui nous a proposé une exposition inédite de portraits d’écrivains. Elle est accrochée depuis l’automne sur nos murs et quand on entre dans la librairie tous ces regards bienveillants d’auteurs qui vous accueillent, c’est très fort. Principalement dans l’entrée,  il y a le portrait d’Albert Cossery, tout droit, muet, puissant. Il est venu ici pour une rencontre il y a vingt ans. Et par la magie de la photo, il est là aujourd’hui. C’est une belle émotion.   


Le Square
3 place Docteur Léon Martin
38000 Grenoble
04 76 46 61 63

mardi 17 octobre 2017

Librairie La Nuit des temps




L’engagement. Ce mot à lui seul résume l’aventure de ces deux jeunes libraires : Ayla Saura et Solveig Touzé qui viennent d’ouvrir à Rennes en août dernier, une librairie généraliste indépendante. Elles se font fort outre la littérature, de défendre plus particulièrement des thématiques qui leur tiennent à cœur : le féminisme, la cause LGTB, l’écologie et le développement durable.  Dans cette ville bretonne très engagée, elles souhaitent donner à tout un chacun, les armes pour mieux comprendre le monde tel qu’il évolue et change. Pour porter cette ambition, elles ont baptisé leur librairie du très beau titre d’un roman de Barjavel qui avait fortement marqué leur adolescence comme celles de plusieurs générations : « La nuit des temps ».  Rencontre avec des libraires d’un nouveau type qui  avec leur appétit de vivre,  de rire et de créer veulent mener leurs combats, livres au poing.  

Quel roman de cette rentrée nous conseillez-vous de lire ?
« Sucre noir » de Miguel Bonnefoy (Rivages). C’est un grand roman d’aventures, une saga familiale dont le réalisme magique fait penser à Garcia Marquez. On ne sort pas indifférent de cette histoire de pirates, de recherche d’un trésor, qui opère sur l’esprit du lecteur comme une sorte de conte philosophique. 

Et du côté de la littérature étrangère ?
Retour sur un livre paru au printemps. « Lucy in the sky » de l’auteur américain Pete Fromm (Gallmeister). Un roman initiatique au cœur des grands espaces américains. Une histoire autour d’une jeune fille de 14 ans et de la perte de son innocence. Un texte très touchant, d’une grande sensibilité. 

Quel a été selon vous le grand roman de l’été ?
« Les dieux du tango » de Caroline de Robertis (Le cherche Midi). Elle vous emporte avec beaucoup de sensualité dans l’Argentine du début du XXe siècle qui a vu naître le Tango.  A Buenos Aires, Leda une jeune italienne de dix-sept ans,  veuve et sans ressource, prend l’identité de son époux défunt et part à la découverte des quartiers chauds de la ville qui vibrent au rythme du Tango. Elle pour seule atout, pour ne pas dire seule arme, le violon que son père lui avait donné, avec lequel déguisée en homme elle s’immerge dans le monde de la nuit en quête d’amour et de liberté.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie  que vous défendez avec ferveur ?
Bien évidemment, nous avons en pile « La nuit des temps » de Barjavel, mais nous avons aussi « Le cœur des femmes » de Martin Winckler (Folio), un roman qui parle des femmes avec une profonde bienveillance et qu’on aime beaucoup. Il raconte la relation entre une interne qui se destine à la chirurgie gynécologique et qui paradoxalement déteste les femmes. Elle est en équipe avec un généraliste humaniste qui va la former et la guider . 

Une brève de librairie :
Il y a plein de clients qui ont suivi les travaux. Quand on a ouvert,  cela a été une véritable folie d’émotions, avec en plus un profond enthousiasme des Rennais qui nous a beaucoup touchées et nous porte pour l’avenir.  

La nuit des temps
10 Quai Emile Zola
35000 Rennes
02 99 53 37 95


Le goût des mots



Plus qu’une librairie, voici un joli projet de couple. Pour vivre ensemble  leur passion commune pour le livre et unir vie personnelle et vie professionnelle, Benoit Cagneaux et Frédéric Franco ont quitté leurs boulots respectifs et leur région pour créer à Mortagne au Perche  « Le goût des mots ». Dix ans et deux enfants plus tard, le pari est réussi. Leur librairie est lieu où il fait bon vivre et bon lire. Ils habitent à l’étage au-dessus de leur enseigne, ce qui confère au visiteur-lecteur le sentiment d’être accueilli « comme à la maison » avec beaucoup de chaleur, de convivialité et de simplicité. Leurs visiteurs sont les locaux, fidèles et exigeants lecteurs, mais aussi tous les résidents secondaires qui viennent passer leur week-end dans cette ravissante région au fort dynamisme culturel et artistique. 

Quel est livre nous recommandez-vous en ce début d’été ? 
« Le saut oblique de la truite » de Jérôme Magnier-Moreno (Editions Phébus). L’auteur qui est peintre, nous offre un court récit de voyage, celui d’une randonnée de pêche en Corse.  L’écriture est sensible, sensuelle et poétique, au service  d’un texte qui oscille entre contemplation et introspection. Après cette lecture, on a le sourire aux lèvres.

Et du côté de la littérature étrangère, quel est votre coup de cœur ?
« La tristesse des éléphants » de Jodi Picoult (Actes Sud). L’histoire d’une adolescente qui recherche sa mère disparue il y a dix ans, qui était spécialiste des éléphants. Elle se fait aider par une voyante et un ancien flic. Deux récits s’entrecroisent habilement entre la recherche de la mère et le monde des éléphants. L’intrigue est menée d’une main de maître jusqu’à l’incroyable dénouement final. 

Y a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
« Le cœur à l’aiguille » de Claire Gondor (Buchet-Chastel) Alors qu’elle se prépare à se marier, une jeune fille construit sa robe avec les lettres que lui a envoyées son futur époux parti au loin.  Il y a beaucoup d’émotion dans ce roman très délicat qui aborde le sentiment amoureux avec beaucoup de  finesse et d’élégance
Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez depuis toujours avec ferveur ?
Un livre que nous aimons tous les deux : « Retour à Little Wing » de Nickolas Butler (Autrement). Un roman qui reprend tout ce qu’on aime : l’Amérique profonde, le temps qui court, les parcours singuliers de chacun au sein d’une bande de  copains. Il a aussi ce qu’il reste de notre jeunesse dans nos vies une fois adultes. Un très beau roman.

Quel livre vous êtes-vous promis de lire
Il y en a tellement : Don Quichotte, Les frères Karamazov... Dès que nous rangeons ces chefs d’œuvre en rayon, on se dit qu’on va les lire. Mais avec tout ce qui est publié, les clients attendent de recueillir notre point de vue sur les nouveautés et du coup c’est à chaque fois partie remise pour ces grands classiques.

Une brève de librairie

Au début, alors que nous étions en train de ranger les romans jeunesse dont ceux de Christian Oster que l’on avait en main, un coule pousse la porte de la librairie.  Hasard, coïncidence, ou les deux réunis, c’était justement lui, l’auteur qui venait comme par magie d’entrer chez nous. 

Le goût des mots
34 place du Général de Gaulle
61400 Mortagne au Perche
02.33.25.02.04

Librairie Le Cadran Lunaire



Son nom très poétique est un hommage au roman éponyme de l’écrivain surréaliste  André Pieyre de Mandiargues. Ouverte en 1977 par une militante féministe, la librairie « Le cadran lunaire »  s’est créée autour de deux grands pôles : la littérature et  la jeunesse. Il y a 22 ans, Jean Marc Brunier qui nous accueille aujourd’hui l’a reprise  avec la volonté de faire perdurer l’esprit des lieux et y adjoindre sa pâte celui d’un plaisir partagé autour de la fiction où l’imaginaire s’exprime. La librairie cultive volontairement une forme d’indépendance vis-à-vis du monde de l’édition en défendant des auteurs plus confidentiels  dans l’idée de les accompagner de l’ombre à la lumière.  « Savoir reconnaître les talents émergents, c’est tout le sel de notre métier. Être libraire c’est bien plus qu’être un passeur, c’est aussi être découvreur ». 

Quel roman  nous recommandez-vous en cette rentrée littéraire ?
« Nos vies » de Marie Hélène Lafon (Buchet Chastel). Ici, on suit cet auteur depuis longtemps et on l’invite très régulièrement. Elle écrit de façon ciselée des livres très profonds sur une forme de ruralité. Dans son dernier  roman, l’héroïne est une caissière de Franprix à Paris. Autour d’elle on croise une galerie de personnages, une mosaïque de caractères formidablement saisis dans un style serré d’une grande beauté.

Du côté des étrangers, que nous recommandez-vous ?
«La salle de bal» de Anna Hope (Gallimard Du monde entier). Après « Le chagrin des vivants » elle nous propose un roman qui se situe en 1911 dans le Yorkshire dans un asile d’aliénés. Nous sommes au début des recherches sur l’eugénisme où on enfermait très facilement les gens.  Une jeune femme, internée pour une broutille, va vivre une histoire d’amour qui se noue dans une salle de bal de l’hôpital utilisée comme lieu de thérapie. C’est une réflexion très profonde sur l’époque, adossée à une réalité historique méconnue et passionnante.

Y a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement plu ?
« Neverland » de Timothée de Fombelle (L’iconoclaste).  Cet auteur pour la jeunesse nous propose un texte où il nous raconte comment il s’est construit en faisant un retour sur l’enchantement de son enfance. On voit comment son caractère s’est formé pour écrire des histoires où le merveilleux domine.  Un bel l’éloge de la fiction.

Quel a été selon vous le grand livre de l’été 2017 ?
Le dernier roman d’Antoine Choplin « Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar » (La Fosse aux ours)  est tout en subtilité et en sensibilité. C’est l’histoire d’un cheminot qui rencontre Vaclav Havel avant qu’il soit connu. Ce dernier va le révéler à lui même et lui ouvrir les yeux sur l’engagement politique, mais aussi sur l’art.  C’est une belle histoire d’amitié que je continue de recommander chaudement.

À qui donneriez-vous le prix Goncourt ?
Bien évidemment Marie Hélène Lafon serait une formidable lauréate à mes yeux. Mais je pense que « Un certain M. Piekielny» de François-Henri Désérable (Gallimard) est un beau roman de formation autour de la figure de Romain Gary.  L’honorer du Goncourt  serait épatant, mais lui donner celui des lycéens serait parfait aussi. 


Quel est le livre le plus emblématique que vous défendez depuis toujours avec ferveur ?
« Train de nuit pour Lisbonne » Pascal Mercier (10X18). Un professeur de faculté en Allemagne sauve par hasard sur un pont une femme portugaise prête à se suicider.  Elle disparaît, il se rend chez un ami bouquiniste et découvre un livre d’un médecin portugais. Sa vie bascule, il part pour Lisbonne pour en savoir plus sur cet auteur. Ce texte se lit à plusieurs niveaux. C’est un roman introspectif sur l’amour, la fidélité, l’engagement. Le lecteur se met à réfléchir avec un effet miroir permanent au fil de la lecture. Il y a une sorte d’envoutement, de fascination qui s’exerce. Les gens après l’avoir lu, l’offre à tous leurs amis

Quel livre vous êtes-vous promis de lire ?
« Ulysse » de James Joyce. Il faudrait idéalement le lire en anglais, mais je m’en sens totalement incapable.

Une brève de librairie
Une des choses les plus fortes qui me soit arrivée : c’est un vieux monsieur érudit qui arrivait au bout de sa vie. On parlait de l’imminence pour lui de la mort et de cette grande question d’un après ou pas. Je lui ai conseillé de lire « Si c’est un homme » de Primo Levi qui est un livre immense sur la puissance de la mort. Il revient deux jours après et s’exclame « Dire que j’aurais pu mourir sans l’avoir lu ». Cet émouvant souvenir illustre toute la modestie, l’humilité que l’on doit avoir face au monde des livres si vaste, on en n’en jamais fini. Et c’est aussi un bel exemple de reconnaissance, ce vieil homme a tenu à me remercier et c’est très émouvant.  

 Le cadran lunaire
27 rue Franche
71000 Mâcon
03 85 38 85 27




Librairie Le Cyprès




« Librairie curieuse ». Voilà ce que l’on peut lire sur la façade de cette librairie généraliste de Nevers. La curiosité comme indispensable qualité, propice à toutes les découvertes. C’est nourri de cet esprit d’ouverture aux autres que William Séjeau,  décide en 2008 d’effectuer une profonde reconversion professionnelle en reprenant cette librairie créée il y a vingt ans. Il est secondé dans sa tâche par Angélique Benoit. En 20012, il étend son savoir-faire en prenant les rênes de la librairie voisine « Gens de la lune » spécialisée en jeunesse et BD. Comme sa soif de découvertes et de rencontre est intense, il aime sortir des murs de ses librairies et proposer des livres lors d’événements culturels de la région. À noter aussi, car c’est de plus en plus rare, Le Cyprès possède un rayon disque assez important.  C’est vrai que musique et littérature vont si bien ensemble.

Quel roman de cette rentrée nous conseillez-vous de lire ?
J’ai été très impressionné par « L’avancée de la nuit » de Jakuta Alikavazovic (Éditions de l’Olivier). Avec en arrière-plan la guerre en Bosnie, l’histoire d’amour d’un jeune étudiant, gardien d’hôtel pour une femme mystérieuse occupante d’une des chambres. La puissance et l’intensité de l’écriture contiennent une matière à penser et réfléchir. Un livre coup-de-poing, époustouflant .

Et du côté de la littérature étrangère ?
« By the rivers of Babylon » de Kei Miller (Editions Zulma) Dans un quartier pauvre de Kingstone en Jamaïque, on pressent dès le début de ce roman qu’un drame va se produire. Un jeune rasta s’est fait couper les dreadlocks à l’école, ce qui provoque un enchainement d’évènements dramatiques menant à la catastrophe.
 Un roman porté par une langue poétique qui vous prend aux tripes.

Y –a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
« Le ciel renversé » de Christophe Pagnon (Editions L’insomniaque). Un court texte d’une trentaine de pages qui fait fortement penser à « Dead Man » de Jim Jarmusch. C’est un road trip halluciné, sur un homme qui recherche ses origines. L’ambiance de cette errance tragique est extraordinaire.


Quel est le livre le plus emblématique de la librairie,  que vous défendez avec ferveur ?
« Dans les veines ce fleuve d’argent » de Dario Franceschini (Folio). C’est la première fois qu’un représentant me dit lis ça c’est génial. Et effectivement ça l’est. Je l’ai beaucoup conseillé et il plait énormément. Un homme sent la mort qui approche et sur les rives du Pô revient à la source de ses souvenirs, espérant retrouver un ancien camarade de classe. Ce superbe roman au réalisme magique est très inventif sur le plan des situations.  Dix ans que je le propose avec joie.

Quel livre vous êtes-vous promis de lire ?
Il y en a plein comme vous pouvez l’imaginer. Mais je vous dirai tout Jorge Luis Borges. Ses Pléiades m’attendent !

Quel a été selon vous le grand livre de l’été ?
On a beaucoup vendu « L’amie prodigieuse » d’Elena Ferrante. Mais j’ai beaucoup conseillé le dernier roman de Dario Franceschini « Ailleurs » (L’Arpenteur), l’histoire d’un père qui au seuil de la mort révèle à son fils le secret de sa vie. Un roman d’évasion et d’amour.

À qui donneriez-vous le  prix Goncourt?
C’est sans hésiter que je le donnerais à Sorj Chalandon pour « Le jour d’avant »  (Grasset) car je trouve que c’est un auteur qui mériterait grandement d’être honoré enfin du Goncourt.

Une brève de librairie :

Un client très assuré me demande un jour  si j’ai  « Un avion sans ailes » de Musseli. Je lui réponds: vous voulez dire « Un avion sans elle » de Michel Bussi . Je lui rapporte le livre et là sans en démordre, il me rétorque « Ah les salauds, ils ont changé son nom ». Un bon libraire doit toujours rester stoïque.

Librairie Le cyprès
17 rue du Pont Cizeau
58000 Nevers
03 86 57 50 36

Vivement Dimanche



Il y a vingt ans,  cette librairie est née d’une envie.  Et pour comprendre celle-ci, il faut se pencher sur la géographie de la ville de Lyon construite sur deux collines : celle de Fourvière dont on dit qu’elle prie et celle de la populaire Croix Rousse dont on dit qu’elle travaille. C’est sur cette dernière, qu’en 1997 Maya Flandin eut le désir de créer pour les Croix-Roussiens : « Vivement Dimanche ». Son idée était d’ouvrir une librairie « de quartier » qui s’épanouirait au rythme d’une ambiance de village avec ses habitants qui se retrouveraient autour d’un éventail de lectures très large. Maya Flandin s’est alors évertuée à découvrir des auteurs vers lesquels elle n’aurait pas forcément eu l’idée ou le désir d’aller.  « Le revers de la confiance, c’est de donner un conseil sur mesure qui implique aussi de lire ce sur quoi nos lecteurs ont envie d’avoir un avis. Il y a là un juste équilibre à trouver  entre eux et nous».  Cette façon d’envisager le métier avec une approche aussi rigoureuse dans les échanges s’apparente à de la véritable broderie. Au fil des ans,  l’équipe s’est considérablement étoffée, ils sont aujourd’hui  dix pour souffler les bougies des vingt printemps de succès de cette dynamique librairie. C’est Maya Flandin qui nous accueille pour nous livrer ses bons conseils de lecture. 

En cette rentrée d’automne, quel roman nous conseillez-vous de lire ?
Celui de Brigitte Giraud « Un loup pour l’homme » (Flammarion). Cette romancière qui a été distinguée de plusieurs prix par le passé, revient avec un livre très intime. En Algérie pendant la guerre, un jeune appelé de 20 ans dont la femme est enceinte rencontre un caporal amputé et mutique. Brigitte Giraud est née en Algérie, elle reconstruit ici une histoire très personnelle. Qu’est-ce qui se passe pour ces hommes si jeunes, plongés dans un conflit qui les dépasse et qu’ils n’avaient pas compris. C’est sur ce motif qu’elle nous offre une très belle histoire.

Et du côté de la littérature étrangère ?
« Underground railroad » de Colson Whitehead (Albin Michel). Distingué par le Prix Pulitzer  2017 et le National Book Award 2016, ce roman qui se déroule avant la guerre de Sécession, nous plonge dans le calvaire d’une jeune esclave en fuite à travers l’Amérique.  L’auteur matérialise le nom du réseau clandestin d’abolitionnistes qui aident les esclaves à s’échapper : l’Underground railroad. Ce roman revisite les racines du racisme aux U.S.A,  dont on entend hélas encore aujourd’hui les bien tristes échos. 

Y-a-t-il un premier roman que vous nous conseillez ?
« Encore vivant » de Pierre Souchon (La brune au Rouergue). L’auteur se livre sur sa maladie : la bipolarité. Hospitalisé, alors qu’il est en crise, il nous raconte sa pathologie. On vit de l’intérieur ses troubles mentaux et l’on ressent beaucoup d’empathie pour lui avec toutes les souffrances qu’il endure.  Il évoque aussi les réactions de sa famille qui n’est jamais dans le jugement, mais se retrouve dans une forme d’impuissance à l’aider. La relation avec son père est remplie d’une profonde tendresse.  Ce texte est très touchant. 
  
Quel a été selon vous le grand livre de l’été ?
« Les garçons de l’été » de Rébecca Lighieri  (Editions P.O.L) nous raconte l’histoire de deux jeunes frères magnifiques, beaux, brillants, idolâtrés par leur mère qui leur ont tout appris sauf la bienveillance. L’un d’eux se fait arracher une jambe par un requin lors d’une session de surf. Mutilé, infirme, le voilà privé d’un futur qui s’annonçait radieux. Il se révèle alors envieux, jaloux, voire même psychopathe. C’est une petite société bourgeoise et étriquée qui apparaît suite à ce drame. Un roman qui se dévore. 

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous recommandez avec ferveur ?
« L’art de la joie » de Goliarda Sapienza ( Le tripode )  Une véritable somme sur le parcours d’une femme qui a changé de condition grâce à la lecture et l’écriture. Ce texte a une dimension universelle, sur la liberté qui s’offre à chacun de pouvoir influer sur le cours de nos existences. On est toujours prêts à le conseiller, c’est une leçon de vie d’une incroyable modernité.

Quel livre vous êtes vos promis de lire ?
« La maison des feuilles » de Mark Z. Danielewski (Denoël). L’histoire d’un mystérieux manuscrit qui rend fou. Une ambiance si particulière qu’elle m’a plongée dans un profond malaise. J’ai arrêté ma lecture mais je souhaite la reprendre tant ce texte est fascinant. Je dois juste surmonter cet état si je veux arriver jusqu’au bout. 

Une brève de librairie :

C’est une petite anecdote qui rend très modeste sur la valeur de notre métier. Une dame régulièrement depuis dix ans a l’habitude de nous demander  beaucoup de conseils de lecture. Au moment du choix final, pour trancher, elle sort un pendule et bien évidemment pour elle c’est toujours lui qui a raison. On ne peut pas lutter contre un pendule. 

Librairie Vivement Dimanche
4 rue du Chariot d’Or
69004 Lyon
04 78  27 44 10

Son seul talon d'Achille, son nom.





Créée en 1985, cette librairie était à l’origine spécialisée en Bande dessinée. Puis au fil du temps et de ses succès elle s’est généralisée pour offrir un pôle littérature générale étoffée.   Jean Claude Deteix l’un de ses fidèles clients, grand lecteur, mais totalement néophyte du monde des livres, forme le projet  d’une reconversion professionnelle par la reprise de cette enseigne  en 2012. Après une immersion chez des confrères et deux années de formation avec son prédécesseur devenu  un ami, c’est en 2014, le jour de ses 6O ans qu’il prend les rênes de cette charmante librairie art-déco de la vieille ville de Montluçon.  Sans doute le plus beau cadeau d’anniversaire qu’il se soit jamais offert.

Quel roman nous recommandez-vous de lire en cette rentrée ?  
« Point cardinal » de Léonor de Récondo (Sabine Wespiser). L’histoire d’un père de famille qui choisit de devenir femme. Un livre sans effet qui fait beaucoup d’effet. On découvre comment sa famille appréhende sa transformation. Un texte qui touche l’intime sans aucun voyeurisme. Et j’ai aussi beaucoup aimé  « Nos vies » de Marie Hélène Lafon (Buchet-Chastel). Pour moi c’est le Raymond Depardon de la littérature. Auteur de la ruralité, dans ce texte qui reprend une de ses nouvelles, elle explore le monde d’une caissière de Franprix à Paris. De son écriture virtuose elle creuse jusqu’à l’os, jusqu’à l’essentiel.

Du côté de la littérature étrangère, que  nous conseillez-vous ?
Un représentant de chez Gallimard me l’a fait découvrir avec son précédent roman « Le chagrin des vivants ». Avec « La salle de Bal » (Gallimard), j’ai retrouvé avec bonheur Ana Hope  qui nous propose à nouveau sur la base d’une réalité historique méconnue, une histoire d’une grande finesse. En 1911 dans le Yorshire une jeune femme se rebelle dans une filature et se retrouve internée en psychiatrie. C’est magnifique, mais très dur aussi. Puissant.

Y –a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
« Dans la Forêt » de Jean Hegland (Gallmeister) . Dans un contexte post-apocalypse, deux sœurs et leur père, essaient de vivre coupés du monde au cœur d’une forêt. Un grand livre.

Quel a été selon vous le grand livre de l’été ?
Deux formats poche en Folio me viennent à l’esprit : «  Le liseur de 6h27 » de Jean-Paul Didierlaurent et « En attendant Bojangle » d’Olivier Bourdeaut. Deux lectures très agréables.


Quel livre vous êtes-vous promis de lire ?
Un livre d’histoire qui a fait polémique, celui de Patrick Boucheron « L’histoire mondiale de la France » une somme parue au Seuil.

Brève de librairie :

Un jour une dame me demande de façon assez péremptoire « Je voudrais un livre de quelqu’un de connu ». J’avais le dernier ouvrage de Sylvie Vartan, je le lui ai donné, elle semblait satisfaite. Peu importait de qui il s’agissait.  Ce critère de choix m’a interpellé et en même temps je me dis que l’important c’est que les gens lisent, qu’ils en aient l’envie, le désir. 

Librairie le talon d’Achille
8 place Notre Dame
03100 Montluçon
04 70 28 34 61

dimanche 1 octobre 2017

Une librairie qui vaut le détour




Le jeu de mot semble facile et pourtant il s’impose. Voilà une librairie qui vaut vraiment le détour. Vous la trouverez  en haut de la grande ville de cette station balnéaire de la baie du mont Saint Michel. Construite sur un rocher, Granville porte l’amusant surnom de « La Monaco du Nord ». « Si nous avons baptisé la librairie comme cela, c’est que nous sommes un peu,  sur la route de rien du tout » précise avec humour Raphael Naklé qui nous accueille. Il s’agit en fait de remonter la rue des juifs qui est l’une des artères les plus charmantes de Granville avec ses galeries de peinture, ses antiquaires.  Vous la repérerez à l’irrésistible 2 CV rouge vif garée devant la vitrine. C’est la voiture du restaurateur du bistrot « Ô XC3 » juste en face, qui lui aussi vaut le détour.  Créée il y a dix ans par Fany Héquet et Raphael Naklé, La librairie Le Détour fait parti de ces lieux bourrés de charme dont vous poussez la porte pour ne plus vouloir en repartir, si ce n’est les bras chargés de livres. Pour eux, être libraire c’est avant tout proposer un choix orienté par leurs gouts, leurs envies, leur bagage respectif. « Son originalité est définie par sa sélection ». Mais ce qu’ils aiment avant tout c’est l’ouverture d’esprit, l’échange, la curiosité, qui commencent dès que vous poussez la porte par la qualité du contact qu’ils établissent avec leurs visiteurs toujours très chaleureusement accueillis.  

Quel roman nous recommandez-vous vivement? 
« Équateur » d’Antonin Varenne (Albin Michel). C’est l’un des auteurs qui nous impressionne le plus depuis trois ans. Il s’est imposé comme une très grande plume du roman d’aventures. Entre la quête initiatique et le western, il nous embarque sur la piste de l’équateur à la recherche d’une terre promise. Ce roman est porté par un souffle, un style qui est rare chez les auteurs français.

Et du côté des écrivains étrangers, quel est votre coup de cœur ?
« Les marches de l’Amérique » de Lance Weller (Gallmeister). Dans la veine de Cormac McCarthy, ce roman nous plonge au XIXe siècle quand les États-Unis n’avaient pas encore conquis tout l’Ouest. C’est l’histoire hypnotique de deux cowboys sur la route du Mexique, partis accomplir une vengeance. Un roman splendide qui laisse une impression forte et durable.

Y a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
« Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn » de Ben Foutain (10/18) dans la fabuleuse collection « Terres d’Amérique ». C’est un super livre. Deux heures dans la vie d’un jeune soldat en Irak dont l’unité a fait un coup d’éclat filmé par un téléphone portable et qui du coup devient un phénomène médiatique de retour au pays. Il revient en héros à faire une tournée pour soutenir l’effort de guerre, mais n’en a pas vraiment l’étoffe.  C’est très bien écrit. 

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur ?
« La maison de Salt Hay Road » de Carin Clevidence (Table ronde. Quai Voltaire). Publié en 2012, cela a été un tel coup de cœur pour nous qu’on en a fait une vitrine. Fin et délicat, ce roman raconte l’histoire d’une famille recomposée qui vit à Long Island avant la guerre en 1938. Deux frères et une sœur vivent avec leur oncle, tante et grand-père.  Quand la jeune Nacy tombe amoureuse d’un ornithologue en vadrouille sur île et décide de l’épouser, tout l’équilibre familial bascule avec comme épreuve supplémentaire la meurtrière tornade à l’automne 38. 


Quel livre vous êtes-vous promis de lire ?
Il y en a un paquet. Mais « Méridien de sang » de Cormac McCarthy est un roman que j’ai commencé trois fois, et que je veux à tout prix finir.  Mais j’ai toujours un truc qui s’interpose. 

Brève de librairie
Quand on a accueilli Catherine Poulain pour  « Le grand marin » (l'Olivier), c’était une rencontre inoubliable. Elle a une candeur, une innocence qui n’est pas naïve, mais la marque d’une profonde sincérité. C’est une personne rare, on n’en fait plus des gens comme cela.

Librairie Le Détour
62 rue des Juifs
50400 Granville
02 33 50 90 03

vendredi 23 juin 2017

Librairie française de Rome: Libreria Stendhal


Quand vous vous perdez dans rue de Rome comme il convient de le faire pour bien découvrir la ville éternelle, immanquablement vous tomberez sur la librairie française  nouvellement baptisée Libreria Stendhal. Idéalement, située entre la célèbre Piazza Navona et le Panthéon, elle jouxte l’Institut français et l’église Saint Louis des Français célèbre pour son ensemble du Caravage.  
Cette librairie a vu le jour au sortir de la seconde mondiale, par le biais du philosophe Jacques Maritain alors ambassadeur près du Saint-Siège, qui créa à Rome le Centre culturel français et très vite souhaita lui adjoindre une librairie. Celle-ci ouvre ses portes en 1955, mais malheureusement ferme 20 ans après. 1984, La Procure la fait renaître et après diverses reprises,  le 1er décembre dernier Marie Eve Venturino, libraire aguerrie venue du sud de la France, en prend  les rênes.  Pour marquer le changement et lui imprimer son style elle la rebaptise Libreria Stendhal et la dote d’une identité visuelle des plus marquantes représentant le célèbre auteur de « La chartreuse de Parme » et de « Promenade dans Rome ». Rencontre avec une libraire qui n’aime rien tant que les échanges qui vous mène sur les chemins de traverse et qui volontairement bouscule  notre interview pour nous livrer avec beaucoup de générosité ses bons conseils de lecture.
Quels sont vos coups de cœur  du moment ?  Plus que coups de cœur, je dirais questionnement du moment.  L’actualité politique me pousse depuis quelques temps à m’intéresser au sens des mots, de l’écrit en général contre les discours ambiants, la médiatisation à outrance des pensées vides. Je crois que la librairie peut être un lieu de réflexion et d’action en ce sens. Un lieu de dialogue constructif et collectif. Je viens de relire « Les mots sans les choses », un court essai d’Éric Chauvier paru chez Allia que je trouve particulièrement pertinent sur les dérives du langage. De même, Bernard Aspe, « Les mots et les actes » aux éditions Nous et « En quel temps vivons-nous ? » La conversation entre Jacques Rancière et Éric Hazan parue aux éditions La Fabrique. 
Et du côté des auteurs étrangers ?
Des auteurs italiens bien sûr. Il y en a une longue liste, mais je dirais Amelia Rosselli une femme poète. Son recueil « Documents » paru aux éditions La Barque est une merveille d’écriture dense, politique, intime, expérimentale, ouverte. Je l’ai lu en italien et la traduction de Rodolphe Gauthier est vraiment belle. Dans un autre registre, Paolo Virno philosophe, questionne le langage dans nos expériences, mais aussi comme formes de vie contemporaine. Dans « Grammaire de la multitude : pour une analyse des formes de vie contemporaines » (Éditions de l’Eclat), la notion travaillée de multitude ou de commun sert à comprendre toute forme de vie politique. Pour finir j’indiquerais le numéro 14 de la Revue Nioques consacré aux poètes italiens, recueil qui rend compte de la vitalité de l’écriture de recherche en Italie. 
Y a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marquée?
Je vais contourner votre question et plutôt vous parler d’un premier essai.  La question linguistique est dans la chose publique, mais aussi en littérature et à ce propos je conseille la réflexion jubilatoire de Florent Coste dans « Explore », paru chez Questions théoriques sur la littérature lieu par excellence de l’exercice du langage, comme exploration des formes de vies et d’investigation de son efficacité sociale et politique.
Quel est le livre culte, le plus emblématique de la librairie
Je vais tout d’abord vous parler de deux livres qui m’ont construite. Libraire depuis presque 24 ans, j’ai appris le métier avec quelqu’un de remarquable : Jean Simon, de la librairie Vents du Sud à Aix en Provence qui a fermé récemment.  En moins d’une semaine il me mettait deux livres dans les mains qui ont étés fondamentaux dans ma construction de libraire : « Les aphorismes » de Wols  (Flammarion) et « Lisbonne  dernière marge » d’Antoine Volodine aux éditions de Minuit .
Mais pour en revenir à la Libreria Stendhal, je vous citerai Pierre Grimal, « Histoire de Rome » (Fayard), écrit par un très grand historien spécialiste, mais un texte à la portée de tous, d’une écriture limpide et poétique. Stendhal bien sur, « Les Promenades dans Rome » (Folio), sur le Caravage….Ou « Rome le firmament » de Gérard Macé (Éditions Le temps qu’il fait), promenade par un esthète dans la Rome baroque, ou « Iles, guide vagabond de Rome », de Marco Lodoli (Éditions La Fosse aux Ours), qui décrit des Iles comme des bulles, des lieux réels, imaginés ou littéraires de la ville qu’il aime et vit. 
Quel livre vous êtes-vous promis de lire ?
Cet été j’ai prévu de lire les 4 volumes de « Utopiques » de Miguel Abensour philosophe remarquable malheureusement disparu il y a peu de temps. 
Brèves de librairie
Mes deux plus grandes hontes dans mes premiers jours en tant que libraire française à Rome. La première liée à ma méconnaissance initiale de la langue.  Une cliente me demande donc en italien un livre dont j’avais du mal à comprendre le titre…La cuisine bête…ne comprenant pas bien de quoi il s’agissait, je lui demande à mon tour, un livre de cuisine facile, elle me répond non, c’est un livre de Balzac. Honte absolue, il s’agissait de la Cousine bette….prononcé avec un accent !

La seconde, je demande son nom à une cliente italienne venant chercher sa commande. Elle me répond Loy. Rosetta Loy, moi, non, je vous demande votre nom de famille, pas l’auteur… Elle, mais c’est moi l’auteur. Elle venait nous acheter un livre absolument fantastique que j’avais au demeurant lu, « La première main ». Je ne m’attendais pas du tout à me retrouver devant elle dans la librairie et j’étais terriblement embarrassée. 

Libreria Stendhal 
Piazza di S.luigi de Francesi, 23
00186 Rome Italie

lundi 12 juin 2017

Librairie Le coupe Papier





Un parquet qui craque sous nos pieds, du bois blond qui sent bon, une odeur douce de papier et d’encres mélangés, voilà ce que nos sens perçoivent lorsque l’on franchit la porte de la librairie théâtrale de l’Odéon qui se situe à deux pas du célèbre Théâtre du même nom.  Scène étonnante, on découvre confortablement installés et dans le plus grand silence, de jeunes  apprentis comédiens qui feuillètent des ouvrages à la recherche de scènes à jouer. Ici, l’accueil est un des maîtres mots et c’est pourquoi on s’y sent bien. Avec ses 20.000 références, c’est le précieux repaire parisien pour tous les amoureux du théâtre et des arts du spectacle, classiques ou contemporains.  Son propriétaire depuis 2006 est bien connu du grand public pour son amour de la scène, c’est le célèbre journaliste Philippe Tesson.  Passionné et passionnant, c’est Johan Vitiello responsable de la librairie qui nous reçoit pour nous faire part de ses coups de cœur.

Quel texte d’un dramaturge français voulez- vous nous faire découvrir ?
« Une famille aimante mérite de faire un vrai repas » de Julie Aminthe (Quartet éditions). Ce jeune auteur réussit la prouesse de ne pas faire café-théâtre un peu lourd sur le sujet de la famille. Elle aborde les situations sous l’angle d’un humour amer. C’est une jolie comédie grinçante à souhait.

Du côté des auteurs étrangers que nous conseillez-vous de découvrir ?
« L’abattage rituel de Gorge Mastromas »  de l’anglais Dennis Kelly  (L’Arche). Un théâtre de plateau, noir, très dur, sur la corruptibilité de l’homme. L’ écriture de Kelly est extrêmement contemporaine,  il a un sens aigu de la construction et du drame.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur ?
Un livre culte pour tout jeune comédien « La formation de l’acteur » de l’auteur et metteur en scène russe Constantin Stanislavski (Petite  Bibliothèque Voyageurs de Payot). Un classique qui délivre les enseignements de la fameuse méthode de l’Actor’s Studio. On le pose en pile à côté de l’ordinateur à la caisse, il est toujours prêt à partir.

 Y a-t-il un roman adapté au théâtre qui vous a particulièrement plu ?
« Les particules élémentaires » de Michel Houellebecq (Flammarion) cette adaptation théâtrale par un jeune metteur en scène de 27 ans Julien Gosselin est un spectacle-fleuve de quatre heures, qui file à toute allure  et sert merveilleusement ce roman culte et sa poésie singulière. Mais je pourrais aussi vous citer « Les bienveillantes » de Jonathan Littel (Gallimard) admirablement adapté par Guy Cassiers. Une fresque puissante sur un sujet aussi dur qu’exigeant.

Quel livre sur la dance nous recommandez-vous ?
« Je suis une femme respectable » de Josephine Ann Endicott. Le récit de son travail avec Pina Bausch dans les années 70 à Londres où s’opérait alors une véritable révolution chorégraphique. Un livre passionnant même pour ceux qui ne connaissent pas la danse.

Et sur le cirque, quel est votre conseil de lecture ?
« Le clown Arletti » de François Cervantes et Catherine Germain (Magellan et compagnie). Ce beau livre présente la maman de tous les clowns contemporains,  qui ne sont pas les augustes caricaturaux moqués par les clowns blancs et les Messieurs Loyal mais des clowns d’une profonde poésie.


Une brève de librairie
Alors qu'une nuit, j’ai ouvert exceptionnellement la librairie après une représentation à l’Odéon pour un dramaturge Jean –René Lemoine  qui voulait son propre texte, sont arrivés de façon totalement inattendue un metteur en scène accompagné d’un universitaire russe qui ont acheté pour pas loin de 1000 euros de livres. À une heure du matin, on y était encore,  on s’est mis à fumer des cigarettes dehors sur le trottoir et refaire le monde. Un moment inouï. Je me souviens aussi d’une discussion d’une heure à la librairie entre Patrice Chéreau et Luc Bondy qui avaient le projet de créer ensemble à l’Odéon « Comme il vous plaira » de  Marivaux. Le coupe-papier est une librairie qui  vous permet de vivre des moments uniques comme ceux-là.

Le Coupe Papier
19 rue de l’Odéon
75006 Paris
01 43 54 65 95