dimanche 1 avril 2018

Les mots cavalent pour la jeunesse


 « Qu’on lise ou qu’on écrive avec les mots on est toujours en voyage ». C’est pour cette raison que Martine Bourdy a choisi la très jolie expression   « Les mots en cavale » pour baptiser la librairie papeterie qu’elle a reprise en 2009 dans le cœur historique de  Rumilly en Haute -Savoie. Au départ c’était surtout une enseigne de papeterie, puis les livres se sont imposés d’eux-mêmes, plus particulièrement ceux destinés à la jeunesse.  Nadine Arnaud, libraire l’a rejointe et c’est ainsi qu’elles conjuguent toutes deux leurs talents entre lecture et arts de l’écriture.  Voici leurs précieux conseils de lecture pour les plus jeunes.

Quel roman nous recommandez-vous ?
Une fable puissante pour adolescents : « Nouvelle Sparte » d’Erik L’Homme  (Gallimard). Deux siècles après le rayonnement de la cité antique, sa fascination et sa domination restent intactes en dépit des bouleversements du monde moderne en proie à la pollution et aux attaques terroristes.  Un roman d’aventures qui renoue avec les mythes antiques. Un texte très poignant.

Et du côté des auteurs étrangers, que nous conseillez-vous ?
« Morwenna » de Jo Walton. (Denoël Lune d’encre) Suite à la disparition de sa sœur jumelle dans un terrible accident qui l’a laissée elle même handicapée, une jeune fille galloise se retrouve dans un pensionnat où elle va explorer le pouvoir bénéfique des livres de science-fiction.  Avec ce roman d’apprentissage, on redécouvre toute la crème des auteurs de SF des années 70.  Un régal. Ce livre a été couronné du Prestigieux Prix Hugo.

Y –a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement plu ?
« Les Doldrums » de Nicholas Gannon (Pocket Jeunesse)  L’histoire d’un jeune garçon bridé par  sa mère qui ne veut pas qu’il soit un doux rêveur. Il habite chez ses grands-parents explorateurs qui vivent comme dans un muséum d’histoire naturelle.  Quand ces derniers disparaissent, il s’émancipe et part à leur recherche.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur ?
« Tobie Lolness » de Timothée de Fombelle (Gallimard jeunesse). À lire à partir de dix ans. Une très belle fable allégorique sur notre société,  ses dérives et sur l’engagement écologique que chacun devrait avoir. Un roman qui agit sur nos esprits pour une réelle prise de conscience des enjeux du monde dans lequel on vit, le tout porté par un très bel imaginaire et une écriture magnifique.

Quel roman vous êtes-vous promis de lire ?
 « Miss Peregrin et les enfants particuliers » de Ransom Riggs (Bayard Jeunesse) . Le film  qu’en a adapté  Tim Burton est épatant,  du coup le livre est en haut de la pile.  

Une brève de librairie

« Bonjour, je cherche un livre, mais je n’ai pas le titre, pas le nom de l’auteur, je crois que la couverture est bleue »

Librairie Les mots en cavale
9, rue Charles de Gaulles
74150 Rumilly
04.50.01.49.81

Une librairie royale



Bien que le jeu de mots entre le Roi Lear  et le verbe lire semble évident, la puissance de l’œuvre de Shakespeare fait que bien souvent les courriers à la librairie arrivent avec l’orthographe de la pièce du célèbre dramaturge anglais. « Ici ce qui compte c’est le goût des autres », voilà ce que nous déclare Gilles Bérat quand nous l’interrogeons sur son métier de libraire. Pour lui les fiches de lectures sur les livres n’ont pas vraiment de sens puisqu’il faut comprendre avant tout qui on a en face de soi pour délivrer le conseil de lecture le plus personnalisé possible. Cet ancien financier devenu libraire a effectué « une reconversion heureuse » selon ses termes en reprenant en 2002 à Sceaux en Ile de France cette enseigne créée il y a trente ans. Rencontre avec un libraire qui met autant de cœur que de chaleur a faire son métier.  

Quel roman nous recommandez-vous de lire ?
« La fonte des glaces »  de Joël Baqué (P.O.L). Pour nous c’est un Boris Vian contemporain avec à la fois une imagination galopante,  beaucoup  d’humour. Et puis ce roman vous emporte loin en Antarctique et dans le grand Nord.

Et du côté des auteurs étrangers que nous conseillez-vous ?
Sans hésiter le dernier roman de l’immense écrivain israélien hélas disparu en janvier dernier Aharon Appelfeld « Des jours d’une stupéfiante clarté »  (Éditions de l’Olivier).  On avait aimé son précédent roman « Les partisans »  et celui-là on l’aime encore plus.

Y –a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
Pour nous cela n’a aucune importance que cela soit un premier roman ou pas. Nous ne faisons pas ce type de classification.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous recommandez avec ferveur ?
Toute l’œuvre de Ludmila Ouliskaïa mais pour n’en citer qu’un « Le chapiteau vert » (Gallimard du monde entier). C’est une vaste fresque autour de trois amis au cœur de la tragédie soviétique  après la mort de Staline.  Mais aussi « Americanah » de Chimamanda Ngozi Adichie (Gallimard du monde entier) un roman sur l’immigration, comment rester soi-même quand on change de continent. Un livre que l’on conseille et que les gens rachètent pour l’offrir.

Vous êtes très attaché aux Sciences Humaines,  que souhaitez-vous nous faire découvrir dans ce domaine ? « Parcours I (1971—1989)  Sociologie et théorie du langage. Pensée postmétaphysique »  et « Parcours II (1990-2017. Théorie de la rationalité. Théorie du langage » de Jürgen Habermas  (Gallimard, NRF Essais). Cette publication en deux volumes du géant de la pensée mondiale est un événement. Ce philosophe allemand qui a beaucoup écrit sur l’Europe y apporte une réflexion essentielle sur la société contemporaine.

Quel est le livre que vous vous êtes promis de lire ?
Il y en a tellement. Tous les étés j’essaie de plonger dans les classiques et j’aimerais tant pouvoir lire toute « La Comédie humaine » de Balzac.

Une brève de librairie :
Je suis toujours très ému quand après avoir conseillé un livre, les gens reviennent pour me dire simplement à quel point ils l’ont aimé. Qu’ils se donnent cette peine me bouleverse et c’est alors que je ressens profondément que j’ai rempli ma mission de « passeur ».
 
Le Roi Lire
4 rue Florian
92330 Sceaux
01 43 50 20 60







La lison, une librairie à toute vapeur


« Enthousiaste et familiale », c’est ainsi que Fantine Gros et Alix Mutte,  deux cousines libraires définissent l’esprit de la librairie généraliste qu’elles ont ouverte ensemble en 2015 près de la gare Saint-Sauveur à Lille. Elles l’ont baptisée  « La Lison » en hommage à la célèbre locomotive  de « la bête humaine » d’Émile Zola, mais aussi pour le double sens lié à la lecture. Elle ont décliné ce joli nom dans leur identité visuelle avec notamment la devanture en forme de tunnel que l’on remarque de loin. Pour elles deux, rien de plus important que le conseil et faire voyager les lecteurs sur les rails de l’imaginaire qu’offrent les livres. Ici personne n’est mis de côté. Elles ont eu la très bonne idée de proposer pour les 0 à un an des lectures par une conteuse très douée pour les bouts de choux, mais aussi de traduire des rencontres en langue des signes pour que les malentendants. Embarquement immédiat dans leur merveilleuse librairie-locomotive.

Quel roman nous recommandez-vous ?
« Une longue impatience » de Gaëlle Josse (Noir sur Blanc/Notabilia). Nous suivons cet auteur depuis longtemps. Elle écrit des livres courts et puissants. Là elle nous raconte au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en Bretagne,  l’histoire d’une mère qui attend son fils de 16 ans disparu en mer après une dispute avec son beau père.  Un texte déchirant sur un amour filial hanté par l’attente, c’est une tragédie splendide.


Et du côté des auteurs étrangers, que nous conseillez-vous ?
« Écoute la ville tomber » de Kate Tempest (Rivages). Cette rappeuse d’à peine trente ans qui a derrière elle une œuvre poétique dense, décrit dans ce premier roman la jeunesse londonienne désenchantée qui tente coûte que coûte de préserver ses rêves et ses  désirs. On découvre les sets de Londres où les personnages attachants plongent dans les abîmes de l’alcool et des drogues pour faire vivre leurs flammes. Sans être déprimant, ce livre sans concession délivre un message universel sur les liens d’amitié et les idéaux que l’on poursuit. 

Y a-t-il un premier roman que vous avez  particulièrement remarqué ?
« Tristan » de Clarence Boulay (Sabine Wespieser Editeur). L’histoire d’Ida qui va se rend par curiosité dans une île volcanique, perdue et mystérieuse dans l’Atlantique sud : Tristan Da Cunha. Alors qu’elle attend que son compagnon la retrouve,  un cargo échoué pollue le rivage. Elle  rejoint l’équipe de sauveteurs de manchots mazoutés et rencontre un pêcheur marié avec lequel elle va nouer une relation amoureuse impossible. 

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur ?
« Le cœur des femmes » de Martin Winckler  (Folio). C’est notre ouvrage  fétiche que nous conseillons et vendons tout le temps. Ce traité de gynécologie sur les femmes d’aujourd’hui offre une réflexion sur la pratique médicale de l’intime.  C’est un roman tout simplement magnifique porté par plusieurs voix  qui ne peut que toucher les lecteurs, qu’ils soient hommes ou femmes.

Une brève de librairie :
Tout le monde pense que l’une d’entre nous s’appelle Lison. Nous avons fait des badges et chaque petite Lison qui vient dans la librairie repart fièrement avec son prénom épinglé au vêtement.

Sinon à l’ouverture, nous avons entendu une mère dire à son fils « C’est courageux d’ouvrir une librairie  à notre époque». Elle désignait l’enseigne  à son fils comme si c’était un dinosaure. Nous avons trouvé ça triste d’imaginer que pour des gens un tel projet puisse ne pas marcher. Et c’est totalement faux, il y en a beaucoup aujourd’hui qui ouvrent avec succès et il faut que cette information circule pour dépoussiérer l’image austère liée à notre activité. 

La Lison 
8 Place Jeanne d’Arc
59000 Lille
09 83 99 70 32 

mardi 6 mars 2018

Rencontre à la Librairie Tome 7



C’est en 2013 qu’Audrey Colin, Frédéric Lapeyre et Géraldine Garot , tous trois employés de cette librairie du 7em arrondissement de Paris, ont décidé de s’associer pour sauver cette institution du quartier créée en 1989. L’enseigne se trouvait alors dans une mauvaise passe, en pleine liquidation judiciaire. Tous trois l’ont reprise et on peut l’affirmer aujourd’hui, avec succès.  Avant, la librairie s’appelait Tome Dom, évoquant le tome d’un livre et le « Dom » du nom de la rue. Pour marquer le changement, sans pour autant  se couper de ses racines, la nouvelle équipe l’a rebaptisée et a remplacé le Dom par le 7 de l’arrondissement, qui est aussi un chiffre porte-bonheur. Ce sera donc Tome 7, un  nom court, ludique, très facile à retenir et à prononcer. 5 ans après, la librairie se porte très bien pour la plus grande joie des habitants de ce quartier de Paris, qui au-delà de ses apparences très huppées, reste familial, convivial  et à la recherche de proximité et de chaleur que lui offre l’équipe dynamique de Tom 7. C’est Audrey Colin qui nous reçoit aujourd’hui pour nous faire part  de leurs coups de cœur du moment.

Quel roman français nous conseillez-vous de lire ?
Le dernier d’Eve de Castro « La femme qui tuait les hommes »  (Robert Laffont) qui nous raconte plusieurs histoires à travers le portrait de deux femmes, Jeanne et Lena. Cette dernière, une jeune Russe, du temps de la révolution bolchévique  sera connue pour avoir assassiné 276 hommes maltraitants. C’est un superbe voyage entre deux mondes, qui oscille entre histoire et roman, porté par une écriture d’une grande  finesse

Et du côté des étrangers que bous recommandez-vous ?
« Au cœur du Yamato » d’Aki Shimazaki (Actes Sud). Après le cycle du « Poids des secrets » en voici un deuxième composé de cinq romans qui peuvent se lire dans l’ordre ou le désordre. Auteur canadien , originaire du Japon, elle écrit en Français d’une plume raffinée et dresse dans ses livres le portrait touchant de personnages dont la psychologie est saisie en quelques lignes.  Ces romans sont quasiment des nouvelles, et chacun est un petit chef-d’œuvre.

Y a –il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
Il y en a deux. Le premier,   « Fugitive parce que reine » de Violaine Huisman  (Gallimard). Un texte cru, violent, qui secoue beaucoup sur l’amour inconditionnel qu’une femme faillible, maniaco-dépressive, porte à se deux filles.  En dépit de toutes ses tentatives d’une vie heureuse, elle échoue. Un livre bouleversant sur comment grandir et se construire dans un milieu familial instable. Le deuxième « Les déraisons » de la scénariste belge Odile d’Oultremont (Éditions de l’observatoire). Un roman qui m’a touchée. L’histoire d’un  couple Adrien et Louise, frappé par le cancer de cette dernière.  Mais comme pour cette femme magique  tout est jeu et enchantement, elle parvient à mettre des couleurs sur son sombre parcours. Même si je n’aime pas trop comparer, je dirais que ce texte est à la croisée d’« En attendant Bojangles » et de « L’écume des jours » . Un sujet grave, mais un livre plein de tendresse, à recommander.

Quel est le livre que vous vous êtes promis de lire ?
« La guerre et la paix » de Tolstoï. Pas comme un devoir,  mais un profond désir de lire ce génie de la littérature. 

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur ?
Parmi les cinq libraires de Tom7, c’est le roman de Mathieu Ménégaux « Je me suis tue »  (Grasset) qui fait l’unanimité.  Un couple plutôt « bobo » se retrouve soudainement confronté au viol que la femme va taire à son conjoint. Ce silence accompagné de mensonges sera le premier d’une longue série qui  aboutira à une succession de drames, dont l’ultime sera l’infanticide. L’épouse croyant voire dans son enfant son violeur.  C’est un texte court, percutant comme un coup de poing, un livre qui vous laisse abasourdi, qui marque profondément et durablement. 

A qui auriez-vous remis le Goncourt?
Dans la sélection j’aurais chois le roman de Véronique Olmi  « Bakhita » ( Albin Michel) . Mais mon Goncourt serait le remarquable dernier livre de Jean-Luc Seigle « Femme à la mobylette » (Flammarion). L’auteur nous fait vibrer sur le destin d’une femme perdue qui va trouver un sursaut dans sa vie grâce à une mobylette.  Un roman magnifique  sur comment on peut renaître de ses cendres. 

Une brève de librairie
Deux pépites me viennent à l’esprit :
 « Bonjour, je voudrais le rouge et le noir. Mais je ne prends aujourd’hui que le rouge, pour le noir je reviendrai la semaine prochaine » 

«  Je recherche la bible, mais je ne connais pas l’auteur »

Librairie Tome 7
81 rue Saint Dominique
75007 Paris
01.45.51.83.98

Entre cinéma et littérature





Cinélittérature. En un néologisme tout est dit. C’est la plus littéraire des librairies de cinéma ou bien la plus cinématograhique des librairies de littérature. Au choix. Amoureux de ces deux genres, vous la trouverez à Paris à deux pas du Panthéon.  Prenez le fonds de la mythique librairie de cinéma Ciné Reflet aujourd’hui disparue ; trouvez-lui un écrin raffiné dans le quartier latin mitoyen d’une des plus belles salles d’art et d’essai de la Capitale : le cinéma du Panthéon ; choisissez deux parrains -partenaires : une prestigieuse maison de production de cinéma « Why Not » et un libraire aguerri « Le thé des écrivains » et vous avez la recette d’un lieu singulier dédié au cinéma et aux belles lettres. Cinéphiles passionnés, vous y trouverez en neuf et en occasion une sélection exigeante d’ouvrages, mais aussi de cartes postales, affiches,  papeterie, DVD, revues, tout pour garder la tête dans les étoiles.   Pour gérer et animer cet espace unique il fallait un personnage pas tout à fait comme les autres. C’est ainsi que le vibrionnant Marc Benda auteur belge aux mille et une vies a rejoint l’aventure en 2015. Il vous accueille, vous conseille, vous fait rêver et n’aime rien tant qu’organiser  de jolies rencontres entre le 7em art et toutes les autres disciplines artistiques dont le cinéma se fait l’écho. De quoi enchanter des « cinébibliophiles » en tous genres, du quartier et d’ailleurs.  

En littérature française que nous recommandez-vous de lire ?
« La voix manquante » de Frédérique Berthet (P.O.L). Un texte qui nous fait pénétrer dans les coulisses du film de cinéma-vérité de Jean Rouch et Edgar Morin : « Chronique d’un été ». On y découvre l’approche qu’ils ont eue du personnage de Marceline Loridan- Ivens et des souvenirs poignants de sa déportation. 

Et du côté des auteurs étrangers quel est votre coup de cœur ?
« Faire un film » de Sydney Lumet (Capricci Editions) qui est une immersion complète au cœur de la création cinématographique et de toutes ses étapes. Il part de  l’idée même du scénario jusqu’à la réalisation du film. Toujours chez Capricci vous avez aussi  un ouvrage incontournable « En un clin d’œil»  de Walter Murch. Monteur de Francis Coppola, il partage quarante années d’expérience dans son domaine et aborde le crucial passage de l’argentique au numérique. 

Y a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
Oui, celui d’un primo romancier de 69 ans, cinéaste français de grand talent : Régis Wargnier. Il vient de publier «  Les prix d’excellence » chez Grasset. Un roman où il reprend les thèmes chers à son œuvre de réalisateur : l’Indochine, les questions de classes sociales, les soubresauts de l’histoire, l’amour, la sexualité et le cinéma. À travers le  roman et toutes ses possibilités il s’ouvre aussi à d’autres territoires  que la littérature autorise. 

Quel est le livre culte, le plus emblématique de la librairie ?
« Hitchcock Truffaut» (Gallimard).  En 1960 Hitchcock accepte de répondre sur une période de quatre ans à 500 questions sur sa carrière posées par le cinéaste français journaliste des Cahiers du cinéma : François Truffaut. Ce beau livre est une référence dans le genre. Tout récemment et sur ce même type d’entretiens vous avez aussi le formidable « Haneke par Haneke » mené par Michel Cieutat et Philippe Rouyer (Stock).

Une brève de librairie :
Nous avions organisé une rencontre autour des séries télé et Jean Pierre Darroussin devait nous rejoindre pour « Le bureau des légendes » qui retrace les péripéties d’une cellule d’élite du renseignement français. L’acteur qui interprète le chef de la DGSE  était en retard et quand il nous a rejoints, sa présence  magnétique, la sensibilité de ses propos ont créé un moment de grande émotion entre réalité et fiction.  Inoubliable.

La librairie du cinéma du Panthéon - Cinélittérature
15 rue Victor Cousin
75005 Paris
01 42 38 08 26




mercredi 31 janvier 2018

Une librairie fondée par Gaston Gallimard il y a presque cent ans.




Il n’y a pas qu’une librairie dans le giron de Gallimard, mais c’est bien la seule et unique  à porter son si prestigieux nom. Voici un lieu presque centenaire, créé plus exactement en  1919 par Gaston Gallimard lui-même. Situé à quelques encablures seulement  de sa maison d’édition éponyme à Saint Germain des Près, ce comptoir de vente avait pour vocation d’être la vitrine de ses publications. A contre sens total d’une logique purement commerciale, s’y trouvait alors une bibliothèque où les gens pouvaient emprunter des livres. « Il faut prendre de biais les choses les plus simples » avait coutume de dire l’illustre éditeur. Tout en proposant l’intégralité du fonds disponible de la maison, c’est en 1950 que la librairie va s’ouvrir à la  production des éditeurs concurrents. Anne Ghisoli libraire aguerri qui nous reçoit aujourd’hui, a pris la direction de l’enseigne en 2011 et a mis en œuvre en 2015 le gros chantier de rénovation des murs et de la déco. Tout en modernisant le lieu, l’âme en a été préservée. De majestueuses bibliothèques qui s’élèvent du sol au plafond avec leurs échelles pour accéder aux étagères les plus hautes, offrent un élégant écrin aux ouvrages présentés. Ne vous laissez pas impressionner,  ici on est chaleureusement reçu par une équipe de six libraires. C’est au rythme très soutenu de deux à quatre rencontres par semaines qu’ils animent tous la librairie, avec la spécificité d’un rendez-vous dédicace tous les vendredis en fin d’après-midi en présence d’un auteur de Bande dessinée. 

Quel  roman nous conseillez-vous de lire ?
Pour rendre hommage à notre façon au regretté Paul Otchakovsy-Laurens, qui a su comme peu d’éditeurs  créer une belle communauté d’auteurs, je vous parlerai d’une de ses dernières publications :  « Les spectateurs » de Nathalie Azoulai (Editions P.OL).  Un texte tout en finesse, où se dessine une poignante histoire d’exil. Le narrateur est un jeune garçon  de 13 ans qui porte un regard aiguisé sur un père sombre, taiseux et sur une mère qui semble s’évader dans la fabrication de robes de star et la lecture de magazine de cinéma des années 40. On imagine alors qu’ils ont fui un pays du Moyen-Orient.  C’est un très beau texte , où rien n’est jamais forcé. 

Et du côté des étrangers ?
Plus qu’un livre, un coup de poing :  « Un jardin de sable » de Earl Thomson (Éditions Monsieur Toussaint Louverture). Ce roman a tout pour devenir culte. Il se situe aux U.S.A  dans les années 30 pendant la grande dépression. C’est une initiation à la vie dans la pauvreté, la vulgarité et la brutalité.  Une plongée de 800 pages dans le monde des laissés pour compte, peu fréquentables, mais d’une si belle humanité. À découvrir.

Quel premier roman vous a particulièrement marqué ?
« Fugitive parce que reine » de Violaine Huisman (Gallimard). Elle nous raconte sans jamais être dans la plainte, mais avec force d’amour ce qu’elle a vécu avec une mère maniaco-dépressive. Un livre entre cris et hurlements, mais ou rien n’est tout noir ou tout blanc . En tous les cas très vibrant . 

Quel livre vous êtes-vous promis de lire ? 
Ce n’est pas un, mais deux : L’Illiade et l’Odyssée . Je me sens toujours bête de ne pas les avoir lus. Je pourrais toujours commencer par la biographie d’Homère de Pierre Judet de la Combe (Folio Biographie). 

Quel est le livre culte le plus emblématique de la librairie ?
Ce n’est pas un, mais sept  ouvrages, qui composent « À la recherche du temps perdu » de Marcel Proust (Gallimard).  Bien que la Recherche existe en Pléiade, elle est bien plus souvent demandée en collection blanche. C’est toujours émouvant quand un jeune lecteur démarre Proust. Je lui dis de ne surtout pas avoir peur de l’ampleur et que son monde s’en trouvera tellement enrichi. 

Une brève de librairie :
C’est une anecdote, que beaucoup de libraires ont déjà vécue et qui fait vraiment plaisir. Notre métier est passionnant, mais très difficile. Ma plus grande joie est  celle d’avoir recommandé un jour à un client à Grenoble un auteur auquel je suis très attaché : Henri Calet dont j’ai absolument tout lu et relu: « La belle lurette », « Peau d’ours », « Les murs de Fresnes » ... Je retrouve c’est homme bien plus tard à Paris qui se présente à moi en s’exclamant « Vous me reconnaissez, vous m’aviez fait découvrir l’œuvre de Henri Calet ! » Cette joie-là, de la transmission  abolit toute distance et le temps alors ne se compte plus. 

Librairie Gallimard
15 bd Raspail
75007 Paris

01 45 48 24 84

mardi 23 janvier 2018

Livres in Room un lieu cosy comme dans un living room




Attention, ne vous laissez pas prendre par son nom british. Ce n’est pas une librairie anglo-saxone, mais bien une généraliste. « Livres in room » est un amusant jeu de mots, clin d’œil affectueux aux Anglais qui débarquent tout près de là à Roscoff pour découvrir l’Hexagone. Les trois lettres des initiales forment le mot LIR et ça tombait.  Gaëlle Maindron et François Michel sont deux libraires aguerris, qui après avoir fait leurs armes à Nantes, voulaient voler de leurs propres ailes.  À Saint-Pol-de-Léon, en 2014,  ils sont tombés amoureux de cette ravissante librairie–salon de thé donnant sur jardin, qu’ils ont repris et qui fêtera ses dix ans cette année. En dépit de sa situation, ce n’est en rien une librairie de passage qui vivrait au rythme des périodes estivales, mais bien un lieu très animé tout au long des saisons, devenu un des véritables points d’attraction de cette ville du Finistère. 

Quel roman nous recommandez-vous de lire ?
« La disparition de Josef Mengele » d’Olivier Guez (Grasset). Un livre qui nous a touchés par sa narration, d’une grande efficacité. On se voit comme assis pour de vrai près de l’auteur, bouche bée, pétrifiés alors qu’il nous raconte cette histoire incroyable de la fuite en Argentine de ce médecin tortionnaire à Auschwitz,  incarnation  du mal absolu.

Du côté des auteurs étrangers que nous conseillez-vous ?
« Les buveurs de lumière »  de l’Écossaise Jenni Fagan (Métaillé). En 2020 les changements climatiques se sont accélérés, on se dirige vers une fin du monde où tout glace. Un homme se réfugie dans un village de caravanes dans les Highlands où vit une communauté de fêlés, de marginaux. Des personnages étranges, mais tendres. C’est un roman très réussi.

Y a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqués ?
Celui de Sébastien Spitzer aux éditions de L’Observatoire « Ces rêves qu’on piétine ». Un texte que l’on a envie de porter, de défendre. Après la libération des camps d’extermination, les Allemands tentent d’effacer toute trace par des marches forcées d’évacuation des déportés.  Une enfant s’en échappe, elle est dépositaire de lettres cachées et parallèlement on suit le destin tragique de Magda Goebbels qui entraîne ses six enfants à ses côtés vers la mort. C’est un roman historique poignant avec un angle très original.

Quel beau livre à mettre sous le sapin ?
Chez Omnibus, ils viennent de publier un magnifique coffret de trois chefs d’œuvre illustrés des livres de Jane Austen. :  

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur ?
Depuis que nous sommes arrivés ici, c’est un premier roman éblouissant : « Le sillage de l’oubli » de Bruce Machart (Gallmeister). Chaque fois que nous le faisons découvrir, les gens en sont heureux. On est plongés fin du XIXem au Texas où vivent un fermier veuf et ses quatre fils. Sa femme follement aimée est décédée en mettant au monde leur dernier fils. Le père fou de douleur va jouer sa ferme aux courses de chevaux, mais le pari va bien au-delà… C’est un roman déchirant.

Une brève de librairie

Un jeune homme, « Les Fourberies de Scapin » de Molière en main, revient après l’avoir acheté en s’exclamant : « Mais vous m’avez vendu un truc illisible ! Ce Scapin, comme les autres personnages, a son nom écrit dès qu’il parle. Non, franchement c’est totalement illisible ! »

Livres in Room 
29 rue du Général Leclerc
29250 Saint-Pol-de-Léon
02 98 69 69 28 41